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Sports et violeces -- Violet et bande blanche

 

UN TÉMOIGNAGE A MEDITER  par DOMINIQUE BODIN


« l'homme a besoin de domination, de puissance, de reconnaissance et de visibilité sociale... »
Entretien : Propos recueillis par Marc Guedj (Les Jeunes N° 2479 - Avril 2002)


Dans SPORTS ET VIOLENCES* des chercheurs ont analysé les rapports ambigus que le sport peut entretenir avec les débordements.
La fonction marchande du sport et la responsabilité de certains dirigeants sont parmi les éléments qui conduisent au hooliganisme.
Le coordonnateur de ces travaux s'explique à quelques semaines du Mondial de foot en Corée et au Japon.


Pourquoi et comment avez-vous mené ces travaux ?
Dominique Bodin
• Éducateur professionnel pendant vingt ans, j'ai été témoin d'un certain nombre de violences verbales et morales, celles d'entraîneurs ou de parents déçus du comportement de leurs enfants, violence aussi de l'institution vis à vis des athlètes de haut niveau, sélections parfois arrangées, exclusion de certaines catégories sociales du monde sportif (handicapés, pratiquants loisirs), place de la femme aux postes de responsabilités, violences économiques avec les multiples affaires de détournement de fonds, tricheries diverses, autant de thèmes qui viennent pervertir le sport et pas seulement aujourd'hui. C'est donc un regard, une réflexion d'un éducateur qui a toujours cru aux vertus et aux fonctions du sport. Cette réflexion a démarré par un travail sur le hooliganisme, en France, où durant quatre ans, j'ai interrogé 2500 spectateurs et supporters, réalisé 131 entretiens pour tenter de comprendre les comportements violents dans le football.
La prétention de cet ouvrage n'est pas un regard critique sur le sport mais la volonté de dépasser les discours laudatifs en la matière, trop souvent convenus.


Guerre froide

Peut-on s'étonner de violences dans le sport dans le monde d'aujourd'hui?
• Malheureusement, la définition de la violence ou des violences dans nos sociétés contemporaines supplique très bien dans le sport. Elles sont liées à des intérêts divers, le résultat de frustrations, une montée de l'agressivité, le reflet par des situations d'exclusions, ta construction identitaire de jeunes, un contexte d'anomie sociale (perte de valeur et de sens des normes et des règles), dérives extrêmes de passions exacerbées, accentuées par la pression du groupe de pairs ou l'anonymat de la foule. Le «débat» sportif durant la guerre froide entre Est et Ouest, montre bien qu'il existe derrière le sport d'autres enjeux. Ils entrent dans une logique de valorisation de systèmes politiques et économiques.
Ces causes ne sont pas nouvelles mais elles sont plus visibles du fait de l'hyper médiatisation du fait sportif Les violences existent depuis l'antiquité.


Logique mercantile évidente

Précisément, la fonction marchande du sport a t-elle joué un rôle particulier dans le constat de la violence ?
• On ne peut détacher, en effet, l'évolution économique du sport des différentes violences observables...
Sur un autre registre, le dopage s'inscrit, également, dans une logique mercantile évidente. Les sommes que les sponsors investissent dans le sport ne peuvent l'être indéfiniment à fonds perdus. Les violences, de toutes natures, dans le sport s'inscrivent, certes, dans une dérive économique, mais il faut ajouter que l'homme, en lui-même, a bien souvent soif de domination, de puissance, de reconnaissance et de visibilité sociale. Si la pression économique est aujourd'hui telle qu'elle conduit à bien des perversions, l'individu sportif est également responsable dans sa quête du désir d'éternité. Ce qui me gêne dans cette dérive économique, c'est l'image du sportif promu par les médias. L'image du sportif, aujourd'hui, est celle de salaires mirobolants, de transferts incroyables. Ce qui est perçu par les jeunes, c'est l'argent et non les efforts quotidiens, sur le long terme, qu'il faut faire pour arriver à ce niveau de performance et gagner de telles sommes. Ce qui me dérange, ce sont les déficits des clubs, qui vivent très largement au dessus de leurs moyens. Ce sont les subventions déguisées des collectivités locales ou territoriales à travers le prêt des stades, l'entretien des bâtiments et terrains par les employés municipaux. Or, dans le même temps, le football professionnel revendique son autonomie, une logique de marché, les facilités accordées aux associations loi 1901. Il en va de même pour les sportifs de haut niveau. La dérive mercantile est là qui n'a plus rien à voir avec la nécessité de préparer la reconversion. j'aimerai que beaucoup d'entre eux s'engagent philosophiquement dans un débat politique sur le sport. Le sport et le sportif ne doivent pas envoyer aux jeunes uniquement un message centré sur une logique monétaire. Il doivent s'inscrire dans un projet de société. J'ai conscience de réclamer l'impossible mais je crois que les sportifs n'ont pas conscience de l'impact positif ou négatif qu'ils ont dans la société.


Des affaires ont été étouffées
Vous avez évoqué la responsabilité de certains dirigeants dans ce phénomène de violence ?
• Les dirigeants du football ont laissé s'installer une sorte de vide social. Ils ont permis, tout d'abord, à de jeunes supporters de s'installer dans le stade, leur apportant leur soutien. Mais en laissant s'installer sans « contrôle » ce « supportérisme », les dirigeants, comme je l'ai dit, dont pas voulu voir la montée des débordements, inhérents à des logiques groupales et à des constructions identitaires. On a laissé faire des exactions pour se concilier les faveurs de ce public. Le stade est ainsi devenu, progressivement, une sorte de no man's land juridique que les diverses lois et décrets n'ont que très partiellement endigué. De plus, dans cette même logique, certaines affaires ont été étouffées. On pense à tort que le rugby est le seul sport « où l'on lave son linge en famille ». Mais non! C'est le propre du monde sportif...



Pacifier les « sauvageons »
On avance souvent l'idée du sport, contre-feu à la violence des cités sensibles. Mythe ou réalité ? •

Le sport est un formidable outil d'intégration sociale. Le champion français, quelles que soient sa couleur de peau et l'origine de ses parents, bénéficie d'une intégration dans la société sans comparaison avec celle d'un individu ordinaire. Le sport est encore un lieu privilégié pour faciliter la socialisation.
On y apprend normalement à respecter les autres, à accepter la différence, à suivre les règles et les normes. Ces héros sont de puissants repères identificatoires pour nos jeunes. L'article de Pascal Durer dans « Sports et Violences » est remarquable. II montre bien toute l'ambiguïté mais aussi le manque de recul et de discernement de nos hommes politiques. Disons le franchement, le sport est conçu, avant toute chose, comme un pansement, une sorte de remède miracle immédiat à des problèmes de violences et de délinquances juvéniles, perçus comme intolérables par nos concitoyens. Pourtant, les problèmes ne sont pas dans la pratique ou non du sport pour pacifier les « sauvageons» pour reprendre les propos d'un actuel candidat à la Présidence de la République. Les violences des cités ne sont que le reflet d'un dérèglement social plus profond que le sport, entre autres choses, peut aider à résoudre. Le sport ne peut, à lui tout seul, résoudre tous les maux,il n'est qu'un espace social, une Agora où peuvent se former des liens sociaux plus agréables. Mais ce n'est pas en construisant des plateaux sportifs dans les cités que tous les problèmes seront résolus. Rien ne peut empêcher les mêmes jeunes de jouer au football et de racketter, avant et après ! Le sport, contre-feu, à la violence des cités est à concevoir autrement, accompagnant une politique plus vaste d'intégration sociale, d'insertion scolaire et professionnelle. Le sport civil, malgré tout, est vraisemblablement le mieux à même d'aider les jeunes. Encore faut-il que le sport civil veuille bien ouvrir ses portes aux jeunes des cités, fasse un effort d'adaptation pour faciliter leur intégration. Et n'est-ce pas du devoir de toutes les associations, qui au regard d'un simple ratio, subvention/nombre de licenciés, touchent parfois des sommes énormes sans aucune contrepartie ?


Pour se faire plaisir
On répète que le sport doit jouer un rôle majeur face à la «défaillance de l'éducatif». C'est votre avis?
• Le sport dérive vers l'économique en oubliant ses fonctions essentielles et notamment l'éducation. Trop de dirigeants sont là pour « se faire plaisir », pour exister eux-mêmes. Dans le débat sur le statut du dirigeant bénévole, on entend parler que des droits mais jamais de questions de responsabilités financières et morales. J'ai conscience en disant cela que je vais choquer beaucoup de monde. Mais qu'on ne s'y trompe pas, j'ai un profond respect pour tous ces dirigeants bénévoles des petites associations sportives, des maisons de quartiers, des clubs ruraux mais on ne peut passer sous silence ceux qui se servent du sport pour arriver à d'autres fins.


Douillet exulte à Sydney

La conclusion de votre livre est plutôt pessimiste lorsque vous posez la question « le sport est-il autre chose que violence ? »
• Aucun pessimisme .J'ai conçu ce livre comme une invitation pour le lecteur à regarder et concevoir le sport différemment. Mais c'est vrai, le sport n'est rien d'autre que violences car il nous demande des efforts quotidiens, un dépassement de soi, aussi bien physique que psychologique. Le sport est exclusion, ne serait-ce que dans son système de classement. Il y a un premier et des perdants ! Rappelez-vous Douillet, exultant sur le podium de Sydney et le visage de son adversaire japonais... Le sport est aussi tricherie, petite ou grande, matchs arrangés, le but marqué de la main par Maradonna et cette terrible affaire du patinage à Salt Lake City. Mais le sport est également le dernier lieu où on peut donner et laisser libre cours à nos émotions et à nos pulsions dans une société prophylactique et de plus en plus sécuritaire.


Mâles concurrentiels

L'agression sportive est masculine, généralement.


Le restera t-elle longtemps ?
• L'agression dans le sport est masculine comme la délinquance l'est dans la société. II s'agit d'un rapport de force. Mais il ne faut pas nier la présence de femmes parmi les hooligans. Elles sont souvent plus « extrémistes ». Ce que j'ai montré dans mon livre c'est que des publics différents, comme celui du basket-ball, où les femmes sont plus nombreuses, avaient des comportements différents. Les femmes temporisent souvent les ardeurs belliqueuses des hommes. Nous nous comportons mieux en présence de nos femmes. Les Anglais tentent, d'ailleurs, de faire du stade un lieu où l'on vient en famille. La violence ne s'explique pas seulement par la présence ou non de femmes. Il y a un rapport au groupe, à l'âge, aux constructions identitaires, à l'anonymat de la foule. La place de la femme dans la violence restera dérisoire à cause du rapport de force mais aussi, semble-t-il, parce que la femme a d'autres valeurs dans la vie que nous. Nous sommes éduqués pour devenir des « mâles» concurrentiels. Regardons comme les sports se distribuent entre femmes et hommes. Elles s'orientent préférentiellement vers des sports plus esthétiques. Nous recherchons des sports qui exacerbent notre virilité...

* SPORTS ET VIOLENCES


Dominique Bodin est Maître de conférence en sociologie à l'UFR STAPS de l'université de Haute Bretagne', (Rennes 2).
De 1996 à 1998, il siégeait à l'observatoire sur la violence du Ministère de la Jeunesse et des Sports, dans le cadre de la prévention des risques hooligans durant la coupe du monde 1998.
Mais son dernier livre « Sports et Violences » (Editions CHIRON est un document universitaire, de tout premier plan, qui doit intéresser tous ceux qui préparent des examens et des concours dans la filière sportive, mais aussi les observateurs du fait sportif, confrontés à l'escalade de la violence qui n'observe aucun répit.


(extraits )

 

 

 

 

Un fils unique au sortir de l'adolescence ne peut vivre en ignorant les événements extérieurs. Et quels événements en ce printemps 1945 ! Le second conflit mondial est en train de s'achever. La marche des armées alliées en direction de Berlin, à l'ouest comme à l'est, soulève l'enthousiasme des plus réservés.

La vie de tous les jours continue de s'écouler pour ce garçon, Géraud, qui grandit et désire parvenir à la majorité. Les circons­tances vont faire en sorte de tempérer l'impatience légitime qu'il ne peut que ressentir à l'approche de ses 17 ans. Ne va-t-elle pas entrer dans sa vie, cette femme dans la trentaine qui va très vite se muer en professeur ? Et Géraud le comprend rapidement : ses lèvres avides de gentils flirts ne vont plus suffire ! Cela fait naître chez lui un grand trouble. À plus d'un titre. Comme c'est dur en effet d'être obligé de mentir, et pour la première fois, à ses parents chéris. Ne leur disait-il pas tout, absolument tout, jusqu'alors ? Élève de seconde on ne peut plus sérieux, ne va-t-il pas, du fait de cette aventure amoureuse, et ne serait-ce qu'un instant, négliger ses études ?

Dans le même temps, une folle envie de devenir un champion d'athlétisme s'impose à lui. Et dans ce domaine, la couleur violette le fascine, celle choisie en 1906 par les fondateurs du PUC, ce Club Universitaire où se retrouvaient de nombreuses personnalités, qui lui semble pour tout dire unique au monde ! Les deux lignes blanches bordant un couloir sur une piste en cendrée lors d'une compétition faisant le reste.

 

Né en 1928 à Saint-Germain-des-Prés, mais n'oubliant pas pour autant ses racines auvergnates, l'auteur, Jean-Émile Dommergues, sera d'abord instituteur de l'enseignement d'État, puis professeur de lettres à la prestigieuse École alsacienne, avant de devenir, sous le pseudonyme de Jean Donguès, journaliste, homme de radio et de télévision, concepteur et animateur de grands événements.

Il est adhérent du comité Régional Midi Pyrénées des Joinvillais

Mise à jour le Mardi, 20 Avril 2010 09:53